Nous sommes vendredi matin. Je suis un peu stressée, car j'appréhende ma journée : à 11h j'ai un rdv important pour mon avenir pro, et à 14h je dois être à l'autre bout de Paris pour une réunion importante.
Néanmoins, je laisse passer deux RER totalement bondés : je ne suis pas du genre à aller écraser des gens déjà totalement comprimés, j'ai une once d'humanité tout de même...
Lorsque le 3e RER arrive, un peu moins bondé, je le prends tout de même (mon respect a des limites horaires).
Et nous voilà partis, à travers les stations qui jonchent mon périple vers le travail.
Nous roulons gaiement, quand tout à coup le train s'arrête. Bon, tout le monde a l'habitude, c'est fréquent, surtout à cet endroit là.
Oui mais voilà, la train s'arrête, recommence à avancer, puis un "CHCONG!" se fait entendre, suivi d'autres.
Le train ne bouge plus, nous attendons toujours.
La lumière s'éteint, les faibles veilleuses prennent le relais.
Soit, une coupure électrique, ça arrive...
Au bout de 10 minutes, le chauffeur nous informe qu'il y a une coupure électrique (sans blague ?), et qu'il va falloir patienter.
Je soupire, regarde ma montre, et attends patiemment, tentant de continuer à lire mon journal lorsque mon voisin ne bloque pas la lumière de la veilleuse.
Un quart d'heure plus tard, le chauffeur nous annonce que suite à un signal d'alarme de sécurité, nous sommes arrêtés (ha oui ? Tiens, j'avais pas remarqué...). Il nous explique également qu'il va aller devoir réarmer manuellement. Heu, soit, s'il le dit.
Nous le voyons donc passer le long des wagons (c'est assez bizarre d'ailleurs de voir quelqu'un qui marche dans ces couloirs), et tripoter des trucs.
Dix minutes plus tard, la voix du conducteur se fait à nouveau entendre dans les haut-parleurs : "bon j'ai isolé le problème électrique. J'attends quelques minutes, puis nous allons retenter de partir".
Ce furent là ses dernières paroles, nous ne l'entendîmes plus jamais.
Cela fait maintenant presqu'une heure que l'on est coincés, et je commence, comme tout le wagon, à m'impatienter. Je me demande combien de temps on peut tenir, dans la semi-obscurité, debouts, écrasés, sans se tuer les uns les autres, ni péter un câble, voire s'évanouir.
Je scrute mes voisins avec peur, mais pour l'instant ils sont tous bien trop occupés à tenter de capter un réseau sur leur portable pour avoir des pensées destructrices.
Pour ma part, je m'attaque à la page des sports, histoire de passer le temps.
Dix minutes plus tard, nous entendons des bruits : des agents RATP courent sur les côtés du RER, tentant de trouver le problème. Les gens les regardent amusés.
Une rumeur parcourt le wagon "Haaa, ça sent le brûlé!!!", mais personne ne réagit trop, sauf une ado qui a réussi à chopper un signal, et raconte à sa copine que "le RER a explosé, jte jure, c'est la lose là".
Je me demande si je vais avoir le temps de passer au bureau avant mon rdv, et commence à éplucher la page des formations.
Un autre quart d'heure plus tard, je sens que ma main commence à trembler un peu... Ha, non, il ne manquerait plus que je tombe dans les pommes! Je respire donc calmement, et me mets moi aussi à tenter d'envoyer des SMS désespérés vers le monde extérieur.
Soudain, des bruits de pas, encore. Des agents RATP qui commencent à crier "BON FAUT LES EVACUER LA!!!", "ON COMMENCE PAR LA QUEUE DU TRAIN!! FAUT TOUJOURS COMMENCER PAR LA QUEUE".
Ce qui déclenche des rires dans la rame (un peu hystériques).
"MAIS CA VA PRENDRE TROIS HEURES!!!"
Là, c'est la franche rigolade dans la rame, elle est bien bonne celle-là.
Je tente d'apprendre par coeur le programme TV, tout en tenant debout.
Nous entendons autour de nous des bruits, et un spectacle original s'offre à nos yeux : les passagers des rames arrières marchent près du RER, en train d'être évacués.
Certains font coucou de manière hystérique, d'autres crient leur peur des rats.
Nous attendons patiemment notre tour.
Enfin, des pompiers ouvrent les portes de notre wagon.
Waou, en fait, c'est haut....
Un à un, nous descendons, et nous avançons en ligne droite, dans le noir, sur le côté du RER.
J'ai jeté mon journal, et tente de ne pas trop imaginer sur quoi je marche.
Après quelques centaines de mètres (et presque deux heures), nous voilà enfin arrivés à la station.
Je décide de continuer en métro, et me hâte vers mon entretien.
Moralité : la prochaine fois, je pousse, j'écrase, mais je rentre sans attendre dans le premier RER. Non mais.