Début ici, puis .

Il est 7h30 lorsque j'entends toquer puis ouvrir la porte (à l'hôpital, ils ne toquent que pour prévenir qu'ils vont ouvrir, pas vraiment pour demander s'ils peuvent entrer).
J'enlève le masque qui couvre mes yeux pour dormir. Je suis encore dans les vaps, car, malgré tout, j'ai pu sommeiller un peu.
On m'attrape l'oreille pour m'y fourrer le thermomètre du matin. Je vois un médecin (je suppose), et plein de gens. Des infirmières, des internes ? Ha, ça sent la tournée des grands ducs, comme dans les séries.
Zamoureux ouvre un oeil depuis le divan.
Le médecin me demande de noter ma douleur. Ou plutôt non, le médecin ne va pas s'adresser à moi une seule seconde:
"Elle a bien dormi ? Elle a vomi hier il paraît ?". Je ne sais pas s'il attend une réponse de moi ou des infirmières. Je réponds tout de même, trop faible pour lui signaler vertement qu'il pourrait éviter d'employer la 3e personne lorsque je suis à côté.
Sans plus de préambule, il explique à ses internes de quoi j'ai été opérée. Et il soulève ma chemise de nuit, afin de montrer mes cicatrices (et le reste de mon corps par la même occasion) aux autres. J'ai l'impression de n'être qu'un cas clinique, un morceau de chair à étudier.
D'ailleurs c'est tout à fait cela en réalité. Et c'est vraiment dérangeant, voire très énervant.
En repartant, il fait une blague à un Zamoureux semi-réveillé, lui disant qu'ils vont nous laisser dormir encore, vu qu'apparement nous ne sommes pas des lève-tôt. J'ai envie de l'étrangler, mais finalement ma douleur au ventre est plus forte, et je me contente d'appuyer sur le bouton pour appeler l'infirmière (je n'ai désormais plus de scrupules à les déranger).
Zamoureux me laisse pour aller travailler.
Une infirmière passe me voir, pour reprendre mes constantes et m'enlever ma perfusion. Hourra, je me sens un peu moins malade, et non reliée à un truc piqué en moi, et que je dois trimballer partout!
Elle ajoute que bon, maintenant il va falloir que j'apprenne à me lever seule tout de même, et que je marche un peu. Car dans l'idéal ce serait bien que je sorte ce soir.
Je commence à stresser (je n'arrive pas à me lever seule, comment pourrais-je rentrer chez moi et monter les 3 étages, ils sont fous!!!). Elle me dit que la chirurgienne passera me voir plus tard. Mais qu'il faut que je marche.
Je me sens désespérée... Cela ne fait même pas 24h que j'ai été opérée...

Plus tard, ma chirurgienne vient me voir pour juger de mon état. Cette femme est très professionnelle, très rapide. Trop parfois, j'ai du mal à suivre. Elle me demande en quelques secondes ce que je regarde comme dvd sur mon PC, ha tiens je lis en Anglais, la couverture est jolie, mais l'Anglais ça va c'est pas trop dur ? J'ai à peine le temps de répondre (que merci je suis bilingue, mais t'imagines quoi, qu'à part les médecins on est tous neneus ?!) qu'elle pose d'autres questions. Elle m'appuie sur les pansements (enfin les trous quoi!), je grogne de douleur. Elle me dit sur un ton gentil, mais moqueur, que les jeunes sont décidément très douillets. Je me demande si elle est sérieuse.
Elle me demande également si je suis prête à sortir ce soir. Je lui réponds que non, je peux à peine me lever, et en plus je ne vois pas comment je pourrais monter 3 étages pour rentrer chez moi. Elle me demande pourquoi je devrais monter 3 étages. Je lui réponds que c'est parce que j'habite au 3e étage sans ascenseur tout simplement (...).
Elle me répond donc, d'un air contrarié, que dans ce cas je sortirai demain, soit. Et qu'elle repassera plus tard dans la journée.
La voilà partie.

Quelques dizaines de minutes plus tard, je suis en train de tenter désespérément de me lever afin d'aller aux toilettes seule, comme demandé par l'infirmière. Je n'y arrive pas... C'est alors que le même médecin que ce matin passe, avec deux infirmières. Je me glisse donc de nouveau sous mes couvertures, tandis qu'Ils reprennent mes constantes. Il me demande si j'ai mal à mes cicatrices. Je réponds que oui, d'autant plus que la chir vient de m'appuyer dessus il y a quelques temps. Il se met alors à appuyer dessus. Je me mets alors à pleurer de douleur, ce qui le fait rire. Il me demande si je peux me lever seule. Je réponds que j'étais en train de tenter, mais que je n'y arrive pas. Il se moque un peu, et se retourne pour partir. Une des infirmières me demande si j'ai besoin d'aide pour me lever, et reste avec moi. Je la remercie, en pestant intérieurement contre les médecins pour qui je ne suis qu'un cas d'étude, contrairement aux infirmières qui me prennent, elles, pour un être humain.

La journée se passe, entre siestes comateuses, dvd, et lectures. Dans l'après-midi mes parents puis Zamoureux me rejoignent.
La chirurgienne repasse, et nous informe que c'est arrangé je pourrai sortir le lendemain. Nous demandons s'il sera possible d'avoir une ambulance ou autre véhicule, étant incapable de rester assise tout le temps du trajet, et de monter les escaliers seule. Elle râle, mais finalement accepte. Elle nous dit que de toute façon elle préfère encore payer une ambulance à 200€ que de garder quelqu'un encore une nuit de plus, car cela coûte à l'hôpital 1400€. Bon, même si j'en conviens, cela est logique de faire un tel calcul, j'ai encore une fois l'impression que parfois le "confort" du patient passe bien après le reste. L'opération est ok, donc hop, rentabilisons le lit! Et encore, j'ai la chance de ne pas devoir être seule les jours suivants, sinon je ne sais même pas comment je pourrais gérer, moi qui ne peux pas faire grand chose seule pour le moment... Cela me laisse dubitative tout de même...
Heureusement, elle ajoute que si besoin j'aurais une petite piqûre de morphine pour m'aider à bien tenir le trajet.
L'après-midi se termine. Ma mère m'aide à me lever et à prendre une douche en me lavant les cheveux. J'ai de nouveau 4 ans. Enfin au moins je me sens de nouveau humaine et propre.
Je n'ai toujours pas osé regarder mes cicatrices, j'ai juste demandé à ma mère si c'était horrible à voir. Apparement c'est potable. Enfin, le soir arrive et mes parents et Zamoureux me laissent pour la nuit.
Nuit où, pour la première fois, j'arriverai (avec grande difficulté, douleur, et lenteur tout de même, mais bon) à me lever seule.
Grande victoire, je me sens trop une winneuse (c'est fou comme parfois nos objectifs peuvent être relatifs!)